La Provence Médiévale

En 476, l'Empire romain d'occident n'est plus, succombant en partie face aux migrations des peuples germaniques débutées au IIIème siècle. La Provence, voie naturelle de circulation, n'a pas échappé aux passages de ces peuples.
En 480 les Wisigoths s'y installent et la Provence est alors unie à leur royaume espagnol. Puis les Burgondes et les Ostrogoths s'en emparent au début du VIème siècle. Finalement le dernier roi Ostrogoth donne le territoire aux Francs dont il veut obtenir l'alliance. Les luttes de pouvoirs et d'influences rendent la Provence exsangue. Les multiples rois Mérovingiens se partagent le territoire et y nomment des représentants, les patrices, dont l'autorité engendre de nouveaux conflits. Au début du VIIIème siècle, les Sarrasins mènent des raids et s'implantent même quelques années. Il faut l'énergie de Charles Martel (714-741), duc des Francs, et de son fils Pépin le Bref (741-768), le premier roi carolingien, pour ramener le calme en Provence qui constitue une province de l'immense empire de Charlemagne.
Le traité de Verdun (843) brise l'unité carolingienne. La Provence se retrouve dans le royaume de Lotharingie, créé pour Lothaire, petit-fils de Charlemagne et nouvel empereur d'occident (840-855). A sa mort c'est son fils Charles qui devient roi de Provence de 855 à 865. Il étend les limites du royaume jusqu'au Forez, au Vivarais et au Lyonnais. En 879, Boson, le beau-frère du roi des Francs Charles le Chauve, se proclament le roi d'une Provence indépendante.
Après l'avènement de Boson, trois dynasties comtales vont régner sur la Provence: les Bosonides de 879 à 1112, les Catalans de 1112 à 1246 et les Angevins de 1246 à 1481. Quittant la mouvance carolingienne en 879, la Provence est placée sous la tutelle du royaume de Bourgogne en 934, puis de l'Empereur Germanique en 1032, et enfin du roi de France à partir de 1246.
L'anarchie provoquée par les guerres féodales ou de successions favorisent l'implantation des Sarrasins puis des Normands au IXème siècle. Il faut l'autorité du comte d'Arles, Guillaume le Libérateur, descendant de Boson, pour chasser les Musulmans de Provence, rétablir l'ordre et assurer le pouvoir à sa dynastie.
En 1112, Douce, la dernière descendante de Boson, épouse le comte de Barcelone Raymond-Bérenger Ier (1113-1131) qui deviend le premier comte catalan de Provence. Mais il se voit disputer l'héritage provençal par des parents de sa femme, le comte de Toulouse et le seigneur des Baux. Les guerres dites Baussenques vont ensanglantées la Provence pendant presque tout le XIIème siècle. En 1125, les comtes de Barcelone et de Toulouse se partagent la Provence le long de la Durance en terre méridionale (la comté de Provence) pour le comte de Barcelone, et terre septentrionale (marquisat de Provence et comté de Forcalquier) pour le comte de Toulouse. En 1166, le comte de Barcelone et de Provence devient roi d'Aragon. Les Catalans dominent alors l'arc méditerranéen de l'Ebre jusqu'au Alpes. Cherchant à être maître chez eux, les comtes catalans affermissent le pouvoir comtal en mettant au pas les cités trop autonomes (Arles, Marseille) et jettent les bases d'une administration forte à Aix-en-Provence et à Brignoles. L'art n'est pas en reste puisque c'est à cette période que la région se couvre d'édifices romans, alliant les traditions gallo-romaines et italo-lombarde.
En 1246, la dynastie comtale tombe de nouveau en quenouille, l'héritière des comtes catalans de Provence, Béatrice, épouse Charles, comte d'Anjou et de Maine, frère du roi de France Saint-Louis. Le nouveau comte, de 1246 à 1285, établit les bases de son gouvernement par la création des baillies et des vigueries qui demeurent en partie jusqu'à la Révolution. Mais la Provence n'est qu'une étape pour l'ambitieux comte Charles. Une fois son pouvoir affermit, il se lance à la conquête du royaume de Naples grâce au soutien de la noblesse provençale (1266). La fine fleur de son aristocratie va s'expatrier à Naples où le Comte-Roi possessionne largement ses sujets provençaux. A partir de son fils Charles II (1285-1309), c'est le royaume de Naples qui devient le centre des possessions angevines, relèguant la Provence au second plan. Sous le règne de Robert (1309-1343), la Provence connait les heures sombres du XIVème siècle: disettes, épidémies de peste (1348-1350) et les guerres (guerres féodales, civiles et contre-coups de la guerre de Cent Ans). Les villes se fortifient. Le dépeuplement des campagnes, la destruction de villages ou des faubourgs des villes et les ravages dus à la peste endémique contribue à laisser un triste bilan humain et économique. Le règne de la reine Jeanne (1343-1382) est une suite d'erreurs politiques qui voit l'affaiblissement du pouvoir comtal et l'affirmation des Etats de Provence, assemblée des seigneurs provençaux, des prélats et des communautés. L'assassinat de la reine Jeanne par son cousin Charles de Duras provoque un nouveau et dernier changement de dynastie, ainsi qu'une terrible guerre civile.
A l'avènement de la seconde dynastie des comtes de la Maison d'Anjou, la Provence se trouve divisée entre les deux héritiers potentiels de la reine Jeanne, d'un côté son cousin et meurtrier Charles de Duras qui s'est fait reconnaitre roi de Naples, et Louis de France, duc d'Anjou, fils du roi Jean II le Bon et adopté par Jeanne. Le comte Louis Ier meurt en tentant de reconquérir Naples. En 1388, Nice, Puget-Théniers et Barcelonnette préférent se donner au comte de Savoie plutôt qu'à l'Angevin Louis II, fils et héritier de Louis Ier. Mais l'autorité de Marie de Blois, tutrice du jeune Louis II, vint à bout de la résistance nobiliaire et de l'Union d'Aix. La Provence acquise, les règnes de Louis II (1384-1417) et de ses deux fils, Louis III (1417-1434) et René (1434-1480), sont consacrés à la veine tentative de récupérer la royaume de Naples face aux prétentions aragonaises. En 1423, les troupes du roi d'Aragon prennent et pillent Marseille, en 1443, le royaume napolitain leur est définitivement acquis. Le règne du roi René bénéficie d'un renouveau économique et démographique. Il ne se fixe en Provence qu'en 1470 et y mène une brillante cour comtale. A sa mort, son héritier est son neveu, le faible Charles de Maine qui meurt à son tour un an plus tard en 1481. Son testament lègue la Provence au puissant et entreprenant roi de France Louis XI.

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